Association Alopecia Areata | Rôle des lymphocytes t dans la physiopathologie de la pelade. Apports des modèles murins et des souris transgéniques

Rôle des lymphocytes t dans la physiopathologie de la pelade. Apports des modèles murins et des souris transgéniques

Auteur : Dr Jean-François NICOLAS (Unité INSERM 80 de la Faculté Laënnec de LYON)

Travail subventionné par l’AAA (subvention 1997) à hauteur de        50 000 F.

Subvention débloquée le 28 février 1998

Compte rendu fourni le 28 octobre 1998

La pelade est considérée comme étant une maladie autoimmune dont le mécanisme n’est pas élucidé. Des études effectuées récemment suggèrent que le blocage du développement du follicule pileux est la conséquence directe de l’activation des lymphocytes T (LT) au contact d’une  » cible  » (auto antigène) située dans les follicules. La nature de la population lymphocytaire en cause ainsi que la nature de la cible au niveau du follicule pileux restent inconnues. Le modèle du rat Dundee (DEBR) a suggéré récemment que les lymphocytes T CD8+ pourraient intervenir.

Thématique du projet

Le projet de recherche avait pour but de comprendre les mécanismes d’apparition de la pelade en utilisant des modèles murins. Dans un premier temps, les chercheurs ont essayé de caractériser le type de lymphocytes responsables de l’inactivation du follicule pileux en utilisant des souris C57BL/6 normales qui développent une pelade dans certaines conditions non caractérisées (nombre important d’animaux par cage), ainsi que des souris C57BL/6 chez lesqelles on a provoqué une déplétion en lymphocytes T CD4+ et CD8+ et des souris génétiquement déficientes en molécules du Système du CMH de classe I et de classe II (système HLA), qui sont également déficientes respectivement en lymphocytes T CD8+ et CD4+. Parallèlement à la caractérisation des populations lymphocytaires en cause, les chercheurs ont essayé de comprendre leur mécanisme d’action. L’inhibition du follicule pileux pouvant être secondaire soit à la production de substances appelées cytokines, soit à un effet direct du lymphocyte appelé cytotoxicité, ils ont testé des souris déficientes en cytokines anti-inflammatoires (IL-4, IL-10), et des souris déficientes en activité cytotoxique (déficientes en perforine et en molécule Fas).

Déroulement de l’étude

L’étude a été effectuée exclusivement in vivo. Des souris âgées de 8 semaines étaient livrées par IFFA-Credo et hébergées dans une animalerie agréée. Les groupes expérimentaux comprenaient 10 souris par expérience, hébergées individuellement ou ensemble (par boîtes de 10). Des souris des deux sexes ont été utilisées dans des expériences différentes. L’apparition de plaques peladiques a été évaluée deux fois par semaine pendant deux mois. Chaque expérience a été effectuée trois fois.

Résultats

Etude n°I (TABLEAU I) : Développement de plaques peladiques chez des souris normales C57BL/6 non traitées et chez des souris traitées par anticorps GK l.5 (anti CD4+) et H35 (antiCD8+).

Tableau I

  Nombre de souris atteintes de pelades
Expérience n°1

(hébergement par10)

Expérience n°2

(hébergement

par 10)

Expérience n°3

(hébergement

individuel)

Souris

non traitées

9/10 10/10 0/10
Souris traitées par anticorps

anti CD4+

10/10 9/10 0/10
Souris traitées par anticorps

anti CD8+

0/10 10/10 0/10

 

Etude n°II (Tableau II) : Développement de plaques peladiques chez des souris normales C57BL/6 (CMH I+II+) et chez des souris génétiquement déficientes en molécules de classe I (I-II+) et de classe II (I+II-).

Tableau II

  Nombre de souris atteintes de pelades
Expérience n°1

(hébergement par10)

Expérience n°2

(hébergement par 10)

Expérience n°3

(hébergement

individuel)

Souris CMH I+II+ 9/10 10/10 0/10
Souris CMH I-II+ 9/10 9/10 0/10
Souris CMH I+II- 10/10 10/10 0/10

 

Etude n°III (Tableau III) : Développement de plaques chez des souris normales C57BL/6 et chez les souris déficientes en activité cytotoxique (lpr/lpr et perforine KO) ou en cytokines IL-4 et IL-10 (IL-4 KO et IL-10 KO).

Tableau III

  Nombre de souris atteintes de pelades
Expérience n°1

(hébergement par10)

Expérience n°2

(hébergement par 10)

Expérience n°3

(hébergement

individuel)

Souris C57BL/6 normales 10/10 8/10 0/10
Ipr/Ipr 9/10 10/10 0/10
Perforine KO 9/10 10/10 0/10
IL-4KO 9/10 9/10 0/10
Il-10 KO 10/10 9/10 0/10

 

Conclusions – Perspectives

L’étude effectuée n’a pas permis de mettre en évidence une différence entre les différents groupes expérimentaux. Il a été observé le développement d’une pelade chez presque toutes les souris hébergées par boîtes de dix, alors que les souris hébergées dans des cages individuelles n’ont pas développé de plaques peladiques. La souris C57BL/6 ne s’est donc pas avéré être un bon modèle de la pelade humaine. Un autre modèle existe cependant, qui est la souris C3H/HeJ (5, 6). 20% des souris de colonies sélectionnées développent une alopécie semblable à celles de l’homme, et des anticorps circulants dirigés contre les follicules pileux, semblables à ceux retrouvés chez des malades peladiques ont été trouvés. L’acquisition de ces souris permettrait de répondre à certaines des questions qu’ont posé les chercheurs. Des négociations sont en cours avec le Dr Sundberg (Jackson Laboratory) pour obtenir ces souris.

Références bibliographiques

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  1. Tobin DS, Sundberg JP, King, LE, Boggess D, Bystryn JC. Autoantibodies to hair follicles in C3H/HeJ mice with alopecia areata-like hair loss. J Invest Dermatol 1997, 109, 329-33.